La dentellière du Vieux Plovdiv

On ne peut pas toujours commencer une conversation amusante avec les femmes de la petite ville de Kalofer. Mais quand on voit le soleil, les oiseaux et les branches qui recouvrent leurs dentelles, on sent la richesse et l’immensité de l’âme bulgare. En regardant une dentelle, on comprend combien de messages peut laisser la main féminine qui a touché la magie du véritable art.
Maintenant, cet art n’a laissé que le grand souvenir des femmes et des filles qui entrelaçaient dans ces dentelles un riche et poétique récit glorifiant les joies et les espoirs de la vie.
La première femme bulgare qui a étudié la technologie de la broderie s’appelait Elisavetha Karaminkova. Elle faisait ses études au conservatoire de Bruxelles. Elle a apporté de cette ville un métier à tisser et un modèle de fabrication de la dentelle de Bruxelles, très moderne pour l’époque.
Mais les femmes de Kalofer ont enrichi les modèles de Bruxelles en y ajoutant des feuilles, des oiseaux, des marguerites, toujours des éléments de la nature environnante. Elisavetha Karaminkova a enseigné à 1800 filles. Elle a fondé la première école dans laquelle on pouvait apprendre la technologie de cette difficile broderie. A la fin du dernier siècle, la dentelle de Kalofer se connaissait et se fabriquait dans tous les coins du pays.
Les vieilles personnes de Kalofer gardent le souvenir des temps éloignés, quand dans chaque maison il y avait de larges commodes pleines de dentelles blanches et colorées, quand au printemps des commerçants achetaient la précieuse marchandise,
et la gloire des femmes de Kalofer circulait dans les villes et les foires.
Pour Minka Kostadinova, cette époque revient. Elle avait 5 ans quand elle a commencé à tricoter sa première dentelle. Pour les filles de Kalofer, c’était comme un jeu : le « sovalki », un oreiller et des poupées, c’était leur vie quotidienne.
Depuis 8 ans, seul le mauvais temps a pu chasser la retraitée dentellière Minka Kostadinova de l’épaisse ombre de la Vieille Ville de Plovdiv, devant le musée de Zlatyo Boïadjiev.
Devant les yeux des passants habituels et des touristes étrangers, saisie de son propre amour pour la dentelle de Kalofer, elle brode sur un « cylindre »spécial à l’aide de petits objets appelés « sovalki » pour ajouter à sa grande collection une nouvelle serviette ou un col. Minka a besoin de 15 jours pour broder une nappe ronde. Souvent, les étrangers, des Américains avant tout, veulent qu’elle donne sa signature. Les petits objets avec lesquels elle travaille sont très intéressants pour eux. Une fois, une touriste a ajouté une « sovalka » à sa boucle d’oreille. Les modèles que Minka fait exigent l’emploi de 60 « sovalki » à la fois. Elle y a ajouté ses propres feuilles.
« Quand je m’assois derrière le cylindre et que je prends le fil entre mes mains, je deviens sereine et heureuse », dit-elle.

Reportage de Pétia - Xème D.


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